Imaginez la scène. Vous voulez consulter un site Internet pour obtenir de l’information sur un voyage que vous êtes en train de planifier. Vous arrivez sur la page d’une agence de voyage qui vous intéresse et vous vous butez sur une page Web non fonctionnelle. Tout ce qu’elle affiche, c’est l’image de votre drapeau national qui brûle et une phrase menaçant de faire exploser certains bâtiments de votre pays. Troublant n’est-ce pas?
C’est exactement la situation à laquelle doivent faire face des milliers de Danois à l’heure actuelle. La crise de la caricature du prophète Mahomet a désormais débordé du cadre strictement physique et s’étend maintenant dans le monde virtuel. Depuis lundi, plus de 800 sites Internet liés à des intérêts danois ont subi des assauts informatiques de la part de pirates disant supporter la cause de l’Islam. Sept cent autres sites Web appartenant à des Israéliens et des Occidentaux ont été la cible de la « colère islamique » virtuelle.
Force est d’admettre que le réseau Internet est présentement l’hôte d’une quasi-cyberjihad visant les intérêts danois. « Cette attaque vient supporter la guerre islamique », pouvait-on d’ailleurs lire sur certains sites piratés. Si certaines attaques se veulent « douces » et demandent à la communauté islamique mondiale de boycotter les produits venant du Danemark en allant s’informer sur le site no4denmark.com, d’autres cyberintrusions véhiculaient des messages beaucoup plus agressifs.
C’est notamment le cas des messages signés par le clan de hackers se faisant appeler le Internet Islamic Brigade. Les textes qu’ils ont introduits sur les sites qu’ils ont ciblés étaient on ne peut plus explicites : les autorités du Danemark ont été menacées d’attaques terroristes suicidaires. De quoi donner des sueurs froides au gouvernement du Danemark qui tente par tous les moyens de juguler une crise qui n’a de cesse de se transformer en violence.
Des tactiques déjà connues
Ce genre d’événement n’est pas nouveau. En fait, depuis plus de cinq ans, nous pouvons constater que les événements sociopolitiques soulèvent l’ire de certains pirates informatiques sur le Web. Le litige sino-américain concernant l’avion-espion (2001), le conflit israélo-palestinien (depuis 2000), la guerre en Afghanistan (2001) ou la guerre en Irak (2003) sont autant d’événements qui ont engendré nombre d’attaques informatiques ciblées, et bien souvent sous-tendues par des messages haineux, voire menaçants.
S’il n’est pas nouveau, le phénomène auquel nous faisons présentement face est toutefois différent de ce à quoi nous sommes habitués. En effet, non seulement ces attaques étonnent par leur ampleur, mais elles sont également impressionnantes de par leur vitesse. C’est la première fois que nous assistons à des attaques si bien orchestrées ; les pirates informatiques s’étant vraisemblablement consultés avant de lancer leurs cyberagressions.
Depuis de nombreuses années, les autorités sécuritaires de différents pays s’inquiètent de l’accomplissement d’actes terroristes via la toile. S’il est aujourd’hui impossible d’affirmer que des actes cyberterroristes ont été perpétrés, il faut bien avouer que les actes auxquels nous faisons présentement face peuvent facilement s’y apparenter : ils inspirent la peur, sont motivés par des objectifs sociopolitiques ou idéologiques, exploitent une certaine forme de violence – dans ce cas-ci de la violence « informatique » – et visent à perturber les activités normales de la société.
En fait, nous sommes en train d’assister à l’émergence de la « guerre de salon » : des gens peuvent désormais participer aux conflits politiques, en temps réel, en employant des « armes » informatiques disponibles sur le Web. Si, pour l’instant, ce sont des crises politiques qui engendrent des attaques informatiques, il n’est pas loin le jour où nous verrons l’inverse se produire : des cyberattaques produiront des crises politiques. Alors que la frontière entre monde virtuel et monde réel tend à s’atrophier, c’est le genre de scénario qui semble de plus en plus plausible.